Installation vidéo in situ, Musée de Bastia dans la citerne du Palais des Gouverneurs, 2025

Un phénomène sonore inexpliqué est survenu au large de Bastia. Cette altération vibratoire a été perçue par des sonars et révèle que le signal, se propageant plus vite dans l’eau que dans l’air, a ouvert un chronogyre. Depuis cette brèche, les sons d’organismes vivant venus d’un autre temps se font entendre. Les vidéos sont la mise en images de cette empreinte sonore. Cette trace de créatures hybrides du futur, vivant parmi des déchets électroniques, et qui sont devenues bioniques, les PERLOÏDS. Ces formes mutantes de la perle trouvent leurs origines dans un mécanisme de transformation, celui d’un corps étranger comme les déchets qui a pénétré la coquille. Un processus lent et répété de recouvrement de nacre depuis lequel naît une perle. Ce motif organique devient un mouvement modèle pour l’œuvre. Le sonar est au cœur de mon processus, il permet de rendre visible ce qui échappe à l’œil. Puis, ses impulsions sonores se mêlent aux sons organiques les imprègne et perturbe les systèmes de communication et d’orientation des espèces marines. Le sonar participe à une mutation du réel. Le paysage sonore devient alors hybride, à la fois biologique et artificiel. La disparition de la nature au profit de son artificialisation, le passage d’un espace naturel en son état artificiel, sont les thèmes qui traversent ma démarche.

Le festival Zone Libre accueille PERLOÏD qui fait appel à la fiction pour spéculer sur des formes de vie des profondeurs marines. Les projections vidéo se déploient dans la citerne du palais des gouverneurs et de la prison adjacente, un espace souterrain érigé à l’époque génoise. Creusée dans la pierre, elle servait autrefois à alimenter en eau et conserve aujourd’hui une forte résonance acoustique et un potentiel de dialogue entre la pierre, l’eau et la mise en abyme, tous des matériaux de ma pratique. Face aux limites de l’image, le son révèle une réalité autrement inaccessible et les paysages sonores en portent les traces. En conjuguant vidéo et écologie acoustique, l’œuvre questionne l’empreinte humaine sur les environnements sous-marins dans une dystopie sonore.